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mardi 5 mai 2009

« Le lutteur »

Récemment, j'ai eu (enfin) la chance de visionner le film Le lutteur de Darren Aronofsky, mettant en scène un étonnant Mickey Rourke sorti des boules à mites et, ma foi, semblant en très grande forme. Je dis que j'ai enfin eu la chance de le voir parce qu'il y a déjà un moment qu'il est sorti en salle et que l'amateur de lutte professionnelle que je suis depuis plus de 25 ans (eh oui, à chacun ses faiblesses...) tardait de voir ce qu'on avait à dire sur le sujet.

Dans l'ensemble, je suis resté sur ma faim. Rourke a remporté un Golden Globe pour sa performance dans le film et, bien qu'il incarne avec justesse, en effet, le lutteur en fin de carrière qui ne sait rien faire d'autre pour gagner son pain, je ne crois pas qu'il mérite un trophée pour son jeu. Mais, bon, Hilary Swank avait remporté un Oscar pour son rôle dans Million Dollar Baby, si je ne m'abuse, et j'étais aussi en désaccord avec cette décision. Rourke aura néanmoins tout mis en oeuvre pour bien incarner le rôle : je l'ai découvert dans une forme physique splendide - nombre de lutteurs professionnels, même s'ils sont encore actifs à 57 ans (c'est l'âge de l'acteur new-yorkais), n'ont pas le corps aussi sculpté que celui de l'ancien rebelle qui, comme plusieurs gladiateurs du ring, a eu maille à partir avec ses démons personnels au fil des années.

L'univers de la lutte professionnelle est plus trouble que le cinéphile moyen pourrait le soupçonner. C'est la discipline sportive (je maintiens l'emploi de l'adjectif, quoi qu'on en dise...) qui compte le plus grand nombre de décès prématurés au cours des 15 dernières années. Plus que le football américain, que la course automobile, que la boxe - des sports qu'on croit nettement plus violents parce qu'« authentiques », parce qu'on n'en écrit pas honteusement le scénario à l'avance - quoique je me rappelle les dernières saisons de Formule 1 auxquelles prenait part Michael Schumacher, et je me demande s'il y avait vraiment des doutes dans l'esprit des amateurs de chars que l'Allemand allait remporter le titre année après année... Les lutteurs sont des athlètes qui, contrairement aux joueurs de hockey, de base-ball, de football, de soccer, pratiquent un sport dont la saison ne se termine jamais. Ils vivent sur la route 300 jours par année, participent à des combats 4 ou 5 soirs par semaine et, même si ces affrontements sont chorégraphiés, leur corps absorbe les chutes pour vrai et s'expose aux accidents, à la fatigue, à une usure prématurée. À ce sujet, le livre de Jim Wilson intitulé Chokehold (2003) est un must pour quiconque s'intéresse aux coulisses de la lutte - c'est biaisé, c'est écrit par quelqu'un qui se campe dans le rôle de victime, mais ça montre bien la réalité de ces athlètes qui, contrairement à leurs homologues des sports susmentionnés, ne peuvent compter sur un syndicat et constituent, individuellement, autant de PME en compétition pour une place au soleil, dans une discipline où la gloire est très souvent éphémère.

Rappelons quelques incidents tragiques des 10 dernières années : le 24 mai 1999, Owen Hart tombe d'une hauteur d'une soixantaine de pieds, avant un match, et sa tête se fracasse sur un des poteaux du ring. Il est déclaré mort quelques minutes plus tard dans le vestiaire. Le spectacle de la WWE se poursuit ce soir-là, même si tout le monde a la mort dans l'âme. Hart avait 34 ans.

Le 13 novembre 2005, Eddie Guerrero, un lutteur d'origine mexicaine extrêmement doué et populaire à la WWE, est trouvé mort dans sa chambre d'hôtel. Diagnostic : infarctus, à 38 ans, pour cause d'hypertrophie cardiaque provoquée par la consommation de stéroïdes. Guerrero, revenu des morts à la suite d'un accident de moto plusieurs années auparavant, avait voulu gagner du tonus musculaire - la lutte est l'art du paraître.

Le 25 juin 2007, Chris Benoit (40 ans), un autre favori de la foule à la WWE (et meilleur ami de Guerrero), est trouvé pendu à son domicile. Dans une autre pièce, Benoit a pris soin d'étrangler sa femme et leur fils de 7 ans avant de se donner la mort. Cause apparente de ce drame : une forme de démence provoquée par les nombreux coups à la tête reçus au cours de sa carrière.

Les cas sont innombrables et surprennent, chaque année. Être lutteur correspond à un mode de vie dur, ingrat. On trouve à la lutte beaucoup d'appelés et peu d'élus.

Voilà pourquoi ce que je reproche au film, c'est son intrigue plutôt mince, avouons-le : Randy The Ram Robinson, une idole de la foule arrivée en fin de parcours, résiste à l'appel de la famille et à l'après-carrière pour monter une ultime fois dans le ring afin d'affronter l'adversaire qu'il avait vaincu 20 ans auparavant. De ce point de vue, il faut admettre le réalisme de l'histoire : nombreux sont les lutteurs professionnels qui ne savent pas « accrocher leurs bottes » - à preuve Abdullah The Butcher, qui est inscrit dans la mythologie du sport québécois : le gros homme sanguinaire a amorcé sa carrière en 1958 et, à 73 ans, il parcourt encore le monde entier en compagnie de sa précieuse fourchette. « Cette industrie vous happe et, une fois que vous y avez mis le pied, vous y restez, que vous le vouliez ou non », affirmait Bobby Heenan à la cérémonie d'intronisation au Temple de la renommée de la WWE en 2004. Tous les lutteurs vous diront la même chose, de Hulk Hogan à Ric Flair, en passant par le grand Lou Thesz, le Gordie Howe de la lutte, qui a lutté dans sept décennies (!).

Seulement, le film bat de l'aile parce qu'il ne fait qu'effleurer cet aspect. On croirait que Aronofsky a voulu condenser en un peu moins de deux heures la majeure partie des informations touchant l'arrière-scène de cette discipline controversée, ces informations qu'Internet a rendues disponibles au cours des 15 dernières années. Le film montre le concept du blading (l'art de s'entailler le front avec une lame de rasoir pour saigner au cours d'un combat), la consommation éhontée de petites pilules de toutes sortes de couleurs pour résister à la douleur, à la fatigue, à la dépression même - un ancien lutteur avec qui je suis occasionnellement en contact me disait, du haut de sa mi-cinquantaine expérimentée, que le plus difficile, sur la route, c'est l'éloignement de la famille. Souvent, c'est la bouteille ou la paille dans le nez qui compense.

Le lutteur ne montre pas suffisamment cette solitude du personnage de Robinson, ni les sacrifices qu'il doit faire pour accéder/rester au sommet de son sport. Non plus la soif incommensurable de se trouver sous les projecteurs, au milieu d'une foule partisane. Tous les lutteurs vous diront que c'est le sel de leur travail.

Le lutteur n'est pas inintéressant, mais c'est un film très imparfait, du point de vue de l'intrigue. L'oeuvre d'Aronofsky est un docu-fiction trop sommaire, qui reste en surface. Tant qu'à s'intéresser aux coulisses du ring, il est préférable de visionner les documentaires Beyond the Mat (1999) et Wrestling with Shadows (1998) ou encore de lire les biographies de Mick Foley, d'Ole Anderson, de Ric Flair, de Roddy Piper. Parce que la réalité dépasse la fiction.

Si j'avais eu à réaliser ce film, j'aurais laissé tomber la sous-intrigue du père (Robinson) qui tente de renouer avec sa fille - c'est tout craché l'histoire de Jake « The Snake » Roberts, dont on peut voir le caractère absolument pathétique dans Beyond the Mat - ainsi que les tentatives de séduire Pam, la strip-teaseuse incarnée à merveille par la belle Marisa Tomei. (Voilà un magnifique rôle de composition : Tomei sort complètement de son élément, des personnages souvent « bonbon » auxquels elle nous a habitués... et montre, ma foi, qu'elle aussi a conservé un corps superbe, à 44 ans.) Non pas que le personnage joué par Tomei soit inutile - Pam est l'équivalent féminin de Robinson : elle danse parce qu'elle n'a pas d'autre choix, parce qu'elle a un enfant à nourrir et ne saurait faire autre chose.

Il y a tant à dire et à montrer sur l'univers mystérieux de la lutte professionnelle. Darren Aronofsky a fait du Réjean Tremblay : il s'est fortement inspiré de faits réels précis, de parcours connus, sans toutefois atteindre la profondeur que j'espérais - sans montrer pourquoi les choses sont ce qu'elles sont dans la communauté des lutteurs. Promoteurs retors, politicaillerie de vestiaire, efforts et sacrifices déployés pour atteindre la Grande Scène des organisations mondialement en vue, ressources financières limitées, ridiculisation de la lutte par la masse et les médias sportifs, passion irrépressible entraînant des soirées organisées devant 50 personnes, caractère vernaculaire de la lutte chez le peuple américain (d'Abraham Lincoln à Kurt Angle, en passant par tous les programmes universitaires de lutte olympique)... Il y a tant à montrer, disais-je. Au lieu de ça, on a présenté ce qui contribue à « désacraliser » cette discipline, on a démystifié les secrets du prestidigitateur : scénario des combats prédéterminés dans le vestiaire, communication dans le ring entre lutteurs et arbitre, blading, etc. On a fait du « David Copperfield pour les nuls »... et par un nul.

Il est donc difficile de savoir ce que voulait Aronofsky : exposer la glaucité de cet univers à la gloire surestimée ou faire un job de bras visant à dévoiler ses mécanismes, visant à montrer qu'on fait partie de la petite communauté des internautes qui savent comment la lutte est arrangée. Les férus de lutte comme moi n'ont strictement rien appris de ce film ; le grand public, lui, sait au moins, à présent, que les lutteurs saignent pour vrai. C'est au moins ça de gagné.

SL





vendredi 24 avril 2009

Une question de maquillage

C'est fini, et tout le monde l'avait prédit. Le Canadien s'est fait sortir en quatre, la tête entre les jambes, même pas foutu d'avoir l'honneur d'aller mourir, comme un chien blessé, ailleurs que dans sa propre cour.

À l'heure du post-mortem, on constate que l'après-saison sera sans aucun doute plus excitant que la dernière saison elle-même. Plus excitant que la conférence de presse donnée par Gainey hier après-midi - je sais, ce n'est pas difficile à battre : j'ai vu des bornes fontaines plus charismatiques que le Capitaine Bob.

L'année du CHentenaire a muté en chemin de croix, un chemin de croix qui a vu Jesus Price (c'est le surnom que lui donnent certains fans qui voient peut-être des choses que je ne vois pas) lever les bras au ciel, le soir de l'élimination, et s'écrier à son tour : Lamma sabacthani? Seulement, Carey n'aura pas eu la chance, lui, de se relever après trois jours.

Shit hits the fan, disent les Anglos; et cette fois, le fan en a plein son casque. Lazare Tanguay était-il en mesure de jouer? Pourquoi a-t-on sacrifié l'agneau Bouillon? La poutre dans l'oeil de Higgins est-elle assez visible pour qu'il oublie la paille dans celle du gérant d'estrade? Judas Kostitsyn ira-t-il former son propre clan de « vilains » dans la KHL comme d'autres Européens avant lui, lui qui a laissé tomber les disciples, à partir de février? Et Saku Pilate, lui, du sort de qui se lavera-t-il les mains, une fois rendu sous d'autres cieux, après le 1er juillet? (Je vais arrêter ici cette métaphore filée mettant en scène (ou en Cène?) les héros de mes cours de catéchèse; j'ai trop peur que Jean-Charles Lajoie me cite à 110 %.)

La question que tous se posent - même Ingrid Bettancourt, maintenant qu'elle a de nouveaux chats à fouetter - est de savoir qui voudra signer avec le CH l'été prochain, après l'année de misère que le club vient de connaître. Car force est d'admettre que le Canadien n'est plus ce qu'il était - c'est peut-être pour cette raison que Jean Perron n'a de cesse de radoter à 110 % ses anecdotes de 1986, l'année où il a gagné la Coupe avec Patrick et Bob.

La Fanelle n'est effectivement plus ce qu'elle était. Le Canadien de Montréal me fait penser à la fille cute du secondaire avec qui tous les gars voulaient sortir (et coucher). Cette même fille cute qu'on revoit dans un party de retrouvailles, 10 ans plus tard, et qui supporte une dizaine de livres de plus qu'à l'époque où elle faisait tourner les têtes. Elle a eu deux enfants, a raccourci ses cheveux, a commis l'odieux de les friser (ce qui l'a fait muter en matante de 28 ans). Mais elle s'entête à porter les mêmes jeans qu'à l'époque où elle faisait fureur - sans se rendre compte que le zipper ne ferme plus. Elle a les yeux pochés par ses deux enfants (ou sont-ce les stigmates des folles nuits qu'elle a passées à l'époque où elle pognait encore ?).

Alors elle se maquille - que lui reste-t-il d'autre, à part le formol, pour tenter de demeurer ce qu'elle a été? Elle se maquille - et elle en beurre épais. Si elle a le malheur de sourire, sa face tombe à terre.

Le Canadien, c'est cette fille qui portera probablement un veston de cuir avec des studs à 50 ans et qui mettra du spray net dans ses cheveux gris pour se faire croire qu'elle est encore in.

Quel gars pathétiquement désespéré voudra, le soir des retrouvailles, cruiser l'ancienne fille cute? Surtout, prouvera-t-il quoi que ce soit à sa gang?

***

Un des mystères de l'été à venir reste de savoir qui se portera acquéreur de la Fanelle et de la Mecque Bell. J'ai frémi, la semaine dernière, en apprenant que Québecor et quelques pions périphériques semblaient avoir pris les devants dans le derby « Sauver le cul de Gillett ».

Je respectais le Vieux Péladeau pour avoir mis sur pied un des fleurons du monde des affaires du Québec - je ne connais pas grand-chose à l'économie, mais je sais que dans ce domaine, contrairement à ce qu'on observe chez le public requis aux enregistrements de La fureur, des gros, il en faut. Je respecte jusqu'à un certain point le succès de l'entreprise de PKP; seulement, c'est sa philosophie qui m'exaspère.

Certains suggèrent que, dans l'éventualité où PKP, Julie, Ceuline, René-Charles et la bonne-femme Dion acquerraient le CH, Québecor imiterait la compagnie Rogers (qui détient entre autres les Maple Leafs).

Je ne veux tout simplement pas que le CH tombe entre les mains de la bande à Péladeau.

Je ne veux pas voir Komisarek ouvrir des valises au Banquier sous prétexte qu'il est cute.

Je ne veux pas voir Paul Larocque s'improviser connaisseur et animer un quatrième show de chaises de sport avec Richard Martineau, Claude Charron et Denis Lévesque. (Brrr... fait frette, tout à coup...)

Je ne veux pas que les journalistes de RueFrontenac.com, si on les invite un jour à réintégrer le bâtiment du Journal de Montréal, soient soudainement obligés de vanter le coup de patin de Georges Laraque ou les mains de Tom Kostopoulos, sous la menace d'être à nouveau mis en lock-out.

Je ne veux pas voir les enfants de Guillaume Latendresse en une du Lundi ni connaître les histoires de coeur de Glen Metropolit dans un dossier spécial de 7 jours.

Je ne veux pas courir la chance de gagner un voyage à Las Vegas en compagnie de Josh Gorges pour aller voir Ceuline chanter « Na-na-na-hey-hey-goodbye » ni « Ohé-ohé-ohé ».

Je ne veux pas voir Claire Lamarche tenter de retrouver le troisième frère, albinos, cul-de-jatte (je sais que tu souris, mon Adorable C.) et beauceron, d'Andreï et Sergeï Kostitsyn.

Je ne veux pas voir Maxim Lapierre incarner le nouveau Négociateur.

Je ne veux pas voir (et encore moins entendre) Wilfred ululer l'hymne national au mileu de la patinoire.

Je ne veux pas non plus voir les 10 joueurs autonomes sans compensation du CH parachutés dans un loft où ils seront harangués par un Patrick Huard chargé de leur apprendre l'intensité et un Michel Rivard chargé de leur enseigner le caractère.

Je veux qu'on vende le Canadien à des gens qui s'y connaissent. En 1989, le magnat américain Ted Turner, propriétaire entre autres de Time Warner, des Hawks d'Atlanta (NBA), des Braves d'Atlanta (baseball majeur) et, à temps perdu, mari de Jane Fonda, faisait l'acquisition de l'organisation de lutte professionnelle World Championship Wrestling (WCW) - une concurrente directe de la WWF de Vince McMahon. On croyait que les dollars de Turner pouvaient propulser la compagnie en tête du « divertissement sportif ».

Seulement, Turner connaissait autant la lutte que Dave Morrissette connaît la Bibliothèque de La Pléiade. Après l'achat de WCW, Turner confiait les rênes de la compagnie à Jim Herd, un ancien gérant de Pizza Hut (j'aimerais que ce soit une vilaine blague, mais c'est la vérité). Résultat? WCW a périclité, n'a pas su adapter son produit aux attentes des amateurs, et, surtout, ses propres dirigeants croyaient dur comme fer que la lutte était une vraie compétition sans scénarios prédéterminés... Éventuellement, le manque de leadership (tiens-tiens, c'est un mot à la mode ces temps-ci dans l'entourage de la Fanelle...) des dirigeants a entraîné bisbilles et politicaillerie au sein des « employés » (les lutteurs), jusqu'à la menace de faillite de WCW. En 2001, Vince McMahon achetait l'entreprise des mains de Turner, celui-là même qui projetait de l'envoyer au bureau de chômage.


Quelque chose me dit que Québecor, à défaut de connaître le hockey, contribuerait à en beurrer épais sur la face de l'ex-fille cute.

Je veux qu'on vende le Canadien à des gens qui s'y connaissent.

Y a-t-il un Serge Savard dans la salle?

SL





dimanche 19 avril 2009

Flammèche : la phrase du jour

La phrase du jour revient à Martin Leclerc, journaliste sportif à Rue Frontenac.com. Leclerc défend Bob Gainey aujourd'hui en arguant qu'il faut que le DG du CH conserve son emploi, même après le gâchis du CHentenaire :

« Lorsqu'on écoute les lignes ouvertes, animateurs compris, on se demande parfois si le premier stade de la maladie d'Alzheimer ne consiste pas à devenir partisan du Canadien. »

Le texte complet se trouve ici.

SL

mardi 14 avril 2009

Kamikaze

« Ça va comme c'est mené », qu'ils disent en Lettonie.

Chez le Canadien, le meneur - s'il y en a un, c'est Bob Gainey, plutôt par défaut que par choix - mène tout croche.

J'éprouvais beaucoup de respect pour Gainey quand il s'est amené à Montréal, en 2003. Je me disais qu'on ne pouvait pas avoir été un leader sur la glace et ne pas traîner dans sa besace ce leadership jusqu'au septième étage du Centre Bell.

Quelques années plus tard, au terme de ce « plan quinquennal » sur lequel s'est rabattu le Capitaine Bob pendant la durée de son mandat, il appert que j'ai surestimé l'homme. J'aurais dû y penser : après le plus ardent des feux, il ne reste souvent que de la braise. Regardez aller Gretzky à Phoenix : il ne parvient pas à allumer tout le bois mort qui sèche dans son équipe.

La goutte qui a fait déborder la vase...

J'ai perdu tout le respect que j'avais pour l'ancien capitaine du CH, qui a disputé des matchs des séries avec non pas une mais les deux épaules disloquées, en 1986; celui-là même qui a joué contre Boston avec un pied fracturé - j'ai cessé de le respecter comme DG, donc, le 4 mars dernier. Pour la troisième année de suite, à la date limite des transactions, Gainey a opté pour le statu quo; il a décidé de faire confiance à la bande de tarlais qui a cassé le party du CHentenaire. Il a décidé que Nikolaï Antropov et Bill Guerin ne valaient pas des deuxièmes choix de repêchage. En trois ans, Gainey aura acquis, à la date limite des transactions, Todd Simpson, un défenseur très populaire dans sa famille. En février 2007, le jour de son acquisition, Simpson s'est donné un élan en zone défensive. On l'attend encore en zone adverse.

Surtout - surtout -, là où les fleurs se sont mises à sentir le vase (!), c'est après que Gainey eut congédié Guy Carbonneau. Je me serais attendu à du changement : après tout, le Capitaine Bob est celui qui détient le pouvoir d'apposer sa signature au bas des chèques. Niet. Les pipes sont restées des pipes, quoiqu'en eût dit Magritte - remarquez que ça n'a pas dû déplaire aux Price, Higgins, Gorges et autres réputés consommateurs de dessous féminins montréalais.

Une question de fond

Je croyais que le Canadien (et sa direction) avait atteint le fond du baril. En fin de semaine passée, le Capitaine Bob a dévoilé un double fond qui aurait fait giguer de jalousie les soeurs Lévesque. Kovalev a amorcé la partie contre Pittsburgh à l'aile droite de l'illustre Glen Metropolit, tandis que Saku Koivu, l'autre fils que George Gillett aurait aimé avoir, se demandait sur quelle partie de l'anatomie de Greg Stewart et/ou de Georges Laraque il devait lancer pour s'assurer que la rondelle reste en possession de ses deux ailiers.

Sérieusement : samedi, Gainey a fait la démonstration qu'il ne souhaitait pas gagner. Une démonstration même pas subtile. Tanguay avait-il vraiment besoin d'un repos, lui qui a eu l'occasion de visionner tous les épisodes de La montagne du Hollandais et autres Temps d'une paix à ARTV pendant ses huit semaines de vacances gracieuseté du Russe (mais généreux) Evgeny Artyukhin? Pour ma part, j'étais en promenade chez mon père, au Lac-Saint-Jean, et j'ai dû décliner l'offre du Capitaine Bob, qui m'avait offert de garder les buts en remplacement de Price - le fils de pasteur britanno-colombien avait un rendez-vous plus ou moins galant Chez Paré, ce soir-là. Question de reposer sa mitaine - et de pratiquer ses passes, à ce qu'on dit.

Sérieusement, dis-je : comment peut-on espérer que les joueurs fassent preuve de passion et d'émotion (ce sont les mots en français que Gainey a employés, après le match, pour tenter d'avoir l'air dépité d'avoir perdu contre la bande à Guerin, Kunitz et autres joueurs acquis dans le dernier droit de la saison régulière, pendant que le Capitaine Bob laissait l'oreiller lui imprégner une belle trace sur le côté de la face, juste à côté du filet de bave) - comment, disais-je, peut-on espérer que les joueurs fassent preuve de passion et d'émotion quand le coach, derrière le banc, donne l'impression de souhaiter se trouver ailleurs? Comment les joueurs peuvent-ils avoir faim de gagner quand le coach lui-même lance comme message qu'il n'a rien à battre de gagner le dernier match de la saison, et que son équipe pourrait tout aussi bien être en train de jouer aux quilles (ou de prendre part au grand Bal en Blanc) devant les caméras de RDS? Rappelons que Gainey avait indiqué, la veille, que l'objectif était atteint : le CH faisait les séries. À quoi bon gagner le dernier match et, qui sait, améliorer son sort en affrontant la deuxième meilleure équipe plutôt que la première? À quoi bon entrer dans les séries avec ce proverbial mais énigmatique momentum dont parlent les joueurs de hockey avec la même vénération que
l'Église de scientologie lorsqu'il est question de Monsieur Spock?

Voyage culturel à Boston

Jeudi soir, les joueurs du Canadien partent pour Boston. C'est à quelques heures seulement de Montréal, alors ça figurait bien comme voyage de fin d'année. Il paraît que les plus curieux de l'équipe passeront par le MIT, l'institut de technologie réputé à l'échelle mondiale. D'autres s'arrêteront peut-être à l'Université Berkeley, dont la faculté de musique a produit des géants tels les musiciens hors pair de Dream Theater, un de mes groupes préférés. D'autres, enfin, visiteront Fenway Park, là où les Red Sox pourraient vendre des billets permettant de regarder le match à un kilomètre du stade plus chèrement que les meilleures places aux matchs des Coyotes de Phoenix. Oh, et il y a aussi une partie des Bruins ce soir-là.

Les joueurs du CH - et la Direction du club - en profiteront aussi, je l'espère, pour voir à quoi ressemble une équipe modelée pour les séries, une équipe sérieuse qui travaille, qui joue avec solidarité, qui est équilibrée, qui marque des buts et qui en empêche. Ce sera bon pour la culture générale de tout le monde. Les G. O. des Bruins promettent même, apparemment, de montrer à Komisarek de quel matériau composite est constituée la baie vitrée. Paraît aussi que Tomas Plekanec, le chenapan, n'est pas sûr de prendre part au voyage : il a vu Boston l'an dernier et a appris que ce n'était pas la place des fillettes.

Comme si le bât ne nous avait pas suffisamment blessés encore, pôôôôôvres partisans de la Fanelle que nous sommes, Gainey réitérait aujourd'hui sa confiance en son club : «
Ça ne sert à rien d'envisager comment on pourrait les battre quatre fois [...]. Il faut commencer par les battre une fois. Ce ne sera peut-être pas lors du premier match, mais on va gagner une partie et on partira de là. »

Avis au joueurs du CH, donc : le match de jeudi, comme les pratiques depuis un mois et demi, est facultatif - on n'est pas obligé d'espérer le gagner, dixit le Capitaine Bob. Fiou, voilà qui enlèvera beaucoup de pression aux néo-Glorieux, dont les coudes sont meurtris d'avoir été levés plus souvent que le flambeau, cette saison.

En guise de contusion...

Le printemps sera chaud à Montréal, et ça n'aura rien à voir avec ceux qui se pavaneront sur la Sainte-Catherine. Le Canadien devra déterminer qui, à part le soigneur et les placiers du Centre Bell, sera de retour l'an prochain. Le remaniement qui se profile à l'horizon, juste avant le tournoi de golf de l'équipe (qu'on projette de tenir au début de mai, cette année) sera, à lui seul, plus intéressant que les 82 dernières parties de l'équipe.

Chose certaine, il faut que ça change, dirais-je pour paraphraser un ancien slogan politique qui concurrence difficilement le « plus ça change, plus c'est pareil » si cher à l'organisation montréalaise. Il ne fait plus de doute que, quoi qu'il advienne, Gainey doit démissionner; quitte à ce qu'on le démissionne de force... Doivent aussi le suivre Muller et Jarvis - il est inconcevable que le responsable de la défensive et de l'attaque à cinq, chez le CH, soit un ancien attaquant qui (je paraphrase mon père, qui l'a vu jouer) était incapable de marquer dans un filet désert.

La prochaine équipe de direction doit, idéalement, ne pas être formée d'anciens membres de l'organisation. On en a soupé du country club et du copinage qui a enfanté le power trip de Mario Tremblay, le départ forcé de Patrick Roy, les bourdes étourdies de Réjean Houle, la gestion d'équipe rétrograde de Carbonneau et l'immunité de certains (lire : Doug Jarvis) sous prétexte qu'ils dînent avec le DG et les Anciens Canadiens autour de grosses Molson frettes.

Le prochain DG doit avoir les coudées franches; il doit savoir communiquer - avec les joueurs et avec les médias (à bas les cachoteries qui engendrent les supputations ridicules que sont les blessures « au haut du corps », « au-dessus du corps » ou « au corps »); il doit s'autoriser à négocier les contrats de ses joueurs PENDANT LA SAISON. C'est ce que Peter Chiarelli vient de faire à Boston : en octroyant un contrat lucratif à Tim Thomas, il enlève à son gardien le tracas de se demander s'il jouera l'année prochaine et lui permet de se concentrer sur les séries. Le prochain DG doit aussi mettre l'accent sur le dépistage en sol québécois - Dieu nous protège des prochains Éric Chouinard de ce monde (autre fruit du copinage) qui obstruent l'accès aux Simon Gagné que nous ravissent les autres équipes. Enfin, le prochain DG doit tout mettre en oeuvre pour être actif sur le marché des joueurs autonomes.

Si j'étais méchant, je dirais aussi que le prochain DG, s'il perd le feu sacré parce que sa fille est portée disparue en mer, devra se montrer assez honnête pour laisser sa place à quelqu'un qui a toute la tête au hockey.

Parce qu'au cours des derniers mois, Bob Gainey a joué les kamikazes : lui-même perdu dans les dédales du CHentenaire et, qui sait, peut-être sous la paperasse du palais de Justice, il semble avoir décidé de foncer droit dans le mur. La différence entre Gainey et les idiots qui se font sauter au Moyen-Orient, c'est que ces derniers sont conscients, au moins, qu'ils ne sont pas seuls dans l'autobus qu'ils vont faire exploser.

SL

mercredi 25 mars 2009

Flammèche : Arme de destruction massive

Ce n'est pas en Irak qu'il fallait chercher des armes chimiques...


SL

vendredi 13 mars 2009

Flammèche : quatuor à cordes... vocales

J'ai toujours aimé les quatuors vocaux, je ne m'en cache pas. Je suis peut-être un des rares Québécois qui aimeraient tomber un jour sur un disque de La Bande magnétique. Bon, je préférerais qu'il soit de seconde main, mais quand même. J'ai tripé sur le film racontant la vie des Comedian Harmonists, ce quintette fracturé en pleine Seconde Guerre parce que deux ou trois de ses membres étaient juifs. J'ai toujours voulu interpréter avec un band la version de Van Halen de "Happy Trails". Bref, vous comprenez que j'admire les musiciens qui savent produire des pièces a capella enrichies d'harmonies qui font que les voix font paraître tout ajout d'instrument superflu, voire nuisible. (Je ne parle pas ici des chorales des messes dominicales qui pullulent dans les paroisses : l'OSM de Kent Nagano au grand complet ne suffirait pas, la plupart du temps, à couvrir leurs fausses notes...)

Je viens de trouver, sur le blogue de Patrick Lagacé, ce petit bijou musical. Les quatre gars viennent apparemment de la Mauricie et s'appellent High Shop. Ils reprennent "Dixie" d'Harmonium. Ça fait 26 ans que je joue de la guitare; j'ai toujours interrompu mon interprétation de "Dixie" après le second couplet parce que je ne me suis jamais donné le trouble d'apprendre la suite d'accords complexe et les solos qu'ils soutiennent qui viennent ensuite.

Écoutez la toune au complet; elle en vaut vraiment la peine.

J'espère que les gars de High Shop ne sont pas d'autres musiciens talentueux qui croupissent au fond d'un rang ou qui travaillent à 8 $ de l'heure chez McDo pendant que des sans-talent-bien-plogués usurpent leur place au soleil...

SL

lundi 9 mars 2009

D'une génération à l'autre

L'héritage de ma mère m'aura servi à me faire plaisir. Je sais que c'est ce qu'elle aurait voulu.

Quand j'ai acheté ma première voiture, ma mère m'a payé ma première année d'assurances, incapable de me payer l'auto elle-même. Mes parents n'avaient pas les moyens non plus de payer mes frais de scolarité d'universitaire. Je sais que ça les a tracassés, qu'ils auraient donné de leur santé pour m'enlever ce fardeau - qui n'a pas été si lourd que ça, après tout.

Samedi, j'ai décidé de donner à ma mère la satisfaction posthume de m'avoir offert un superbe cadeau. Bien sûr, j'aurais déchiré le chèque que mon père m'a refilé les yeux humides, en échange du retour de ma mère. Mais les choses étant ce qu'elles sont, je sais que ma mère doit sourire de contentement, quelque part au-dessus du monde.

C'est grâce à ma mère que j'use des cordes de guitares depuis 26 ans. C'est maman qui m'a transmis non seulement cette passion pour la musique mais surtout ce talent musical, cette oreille musicale qui aura animé toute la famille Martel, de père en fils et filles. J'aurai eu le plaisir de voir des oncles secouer les accordéons, échiner les guitares, ébranler les pianos, faire vibrer leurs cordes vocales. Aucun n'aura joué professionnellement de la musique; ils sont/étaient beaucoup trop humbles pour se croire le droit de se produire devant un public autre que la famille.

J'aurai eu la chance inouïe de prendre connaissance jeune (à 8 ans) de ce talent; j'aurai eu la chance encore plus inouïe d'avoir une mère qui m'aura encouragé à le développer, qui m'aura payé des cours de guitare. Et qui m'aura donné la confiance qu'il faut pour attraper une guitare et la faire couiner devant des étrangers.

En janvier 1983, j'avais 8 ans. Je ne connaissais de la guitare que le manche et la rosace - et encore, je ne connaissais pas le nom des deux parties du corps de cet instrument fascinant qui recelait une puissance tranquille. Ma mère m'avait proposé, l'automne précédent, de m'inscrire à des cours de guitare, parce que de la musique, chez elle, tout n'était qu'instinctif, tout ne se faisait qu'à l'oreille. Au retour des Fêtes, le professeur de guitare avait téléphoné à ma mère pour lui apprendre que le nombre d'inscriptions était insuffisant, que cours de guitare il n'y aurait pas. Ma mère, déçue pour moi et trop consciente de la déception de son fils, avait rappelé le professeur, lui avait demandé s'il accepterait de donner des cours privés, quitte à venir chez nous. On aménagerait bien un local pour ce faire, c'était un détail.

Réjean, mon premier prof de guitare, n'avait jamais considéré l'éventualité de donner des cours privés. Il avait été séduit par l'idée. Aujourd'hui, son école de musique existe depuis près de 20 ans. J'aime croire que ma mère aura eu un rôle, ne serait-ce qu'infime, dans le développement de la mentalité d'affaires de cet homme.

Pendant trois ou quatre ans, Réjean est venu à la maison m'apprendre les rudiments de la guitare. Nombre de fois ma mère a entrouvert les portes françaises qui protégeaient mes modestes débuts pour entonner ce que Réjean m'apprenait. Rapidement, il a vu qu'il venait d'être parachuté dans une famille au sein de laquelle on gobait la musique à grandes bouffées.

À l'âge de 16 ans, j'étais le premier professeur de musique de l'école de Réjean. Ainsi, mes premières armes dans l'enseignement, c'est derrière une guitare et devant des néophytes de 5 à 60 ans que je les aurai faites, dans le sous-sol désordonné d'une grande maison qui n'était pas sans rappeler le labyrinthe dans lequel louvoie Buffalo Bill, dans Le silence des agneaux.

En janvier dernier, Réjean est passé au salon funéraire, il est venu rendre hommage à ma mère à sa façon. Trop de fois il l'avait entendue chanter, il l'avait vue assister à tous mes spectacles au Lac-Saint-Jean, il l'avait vue se présenter à chacun des concerts de l'école de musique, même si elle savait qu'elle ne verrait que des prestations de débutants ou presque. Elle s'en balançait; elle venait voir le résultat de l'enseignement de son fils. Elle venait peut-être se convaincre qu'elle avait donc été avisée de me brasser la cage, au milieu des années 1980, après que j'aie abandonné mon instrument pendant huit mois. Huit mois au terme desquels j'avais oublié des accords, des mélodies; au terme desquels mes doigts avaient oublié comment marcher.

***

Samedi, j'ai remercié ma mère pour un legs plus important encore que le goût des mots. J'ai appris des chansons et tous mes accords à la guitare avant de lire le premier livre qui allait me convaincre de choisir l'univers de la littérature.

Samedi, j'ai acheté ce qui sera peut-être la seule guitare aussi dispendieuse de toute ma vie. Ma mère aurait voulu me l'offrir, j'en suis convaincu. Pour elle, c'eût été un juste retour des choses. La Telecaster Thinline, modèle 1972, que j'ai ramenée à la maison samedi a traversé les générations. Je l'ai nommée Rosie. Toutes mes guitares portent un nom; celle-là seule est nommée d'après quelqu'un qui m'a été proche, ma mère. Celle-là seule porte un nom noble - toutes les autres sont inspirées de criminelles plus ou moins célèbres (une fantaisie de ma part).

Rosie a une touche délicate, la plus tendre qui soit. Je sais qu'elle me fera faire de petits miracles dans mon band de blues.

Et chaque fois que je la caresserai, je penserai à la main de ma mère que j'ai tenue jusqu'à moiteur, le dernier jour de sa vie. Et j'imaginerai bien ma mère qui opine du chef, qui me tient encore la main et sourit, quelque part au-dessus du monde, en observant que certaines richesses traversent les générations.


SL