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mercredi 13 janvier 2010

Flammèche : La soirée du hockey, version... Rush?



Le batteur Neil Peart, membre d'un de mes groupes fétiches, Rush, a pris sur lui de composer puis d'enregistrer une version moderne du thème musical de Hockey Night in Canada (qui est le même que celui de La soirée du hockey, évidemment). Peart, que d'aucuns considèrent comme un génie de la musique progressive (je suis de ceux-là - ceux qui pensent qu'il est un génie, pas un génie de la musique progressive...), a travaillé avec 17 musiciens.

Jusqu'à présent, voici tout ce qui est disponible sur son travail d'adaptation.




Le thème sera désormais officiellement utilisé par TSN, le jeudi 14 janvier (demain).

La version de ce virtuose de la batterie et des percussions fera-t-elle oublier la version de Simple Plan, récupérée par RDS en 2008?

SL



mardi 12 janvier 2010

Flammèche : Les amis de Bob Gainey

L'animateur Michel Langevin en a parlé ce matin sur les ondes de CKAC, et je suis allé jeter un coup d'oeil. Ce n'est peut-être pas "pissant" comme Langevin le prétend, mais ça vaut le détour.

La page Facebook de Bob Gainey, réalisée par le site humoristique Mauvais Oeil.

Il peut bien sûr être TRÈS utile de connaître l'histoire récente du Canadien pour comprendre toutes les allusions...

C'est bien pensé.

SL

jeudi 7 janvier 2010

Maîtres chez nous?

Après la défaite crève-coeur du Canada contre les Américains avant-hier, un collègue et moi évoquions ce à quoi pourrait ressembler une équipe du Québec, dans les compétitions internationales. Évidemment, nous nous basions sur les Québécois qui jouent dans la LNH, et non pas dans le junior.
Juste pour le fun, j'ai fait un Guy Bertrand de moi-même et je me suis prêté à l'exercice. Vous verrez qu'on a un surplus de joueurs de centre, mais que les défenseurs seraient peut-être le talon d'Achille du Québec... alors que les gardiens se bousculent à la porte. Voici ce que ça donne :
CENTRES : Vincent Lecavalier (TB), Mike Ribeiro (DAL), Patrice Bergeron (BOS), Paul Stastny (COL) (eh oui, il est né à Québec du temps que son père, Peter, jouait pour les Nordiques...), Derick Brassard (CLB), Antoine Vermette (CLB), Pierre-Marc Bouchard (MIN), Daniel Brière (PHI), Matthew Lombardi (PHO), Maxime Talbot (PIT)
AILIERS DROITS : Martin St-Louis (TB), Jason Pominville (BUF), Jean-Pierre Dumont (NAS), Steve Bernier (VAN), Pascal Dupuis (PIT)
AILIERS GAUCHES : Simon Gagné (PHI), Alex Tanguay (TB), David Perron (STL), Alex Burrows (VAN), Jean-François Jacques (EDM)
DÉFENSEURS : Kristopher Letang (PIT), Stéphane Robidas (DAL), François Beauchemin (TOR), Marc-Édouard Vlasic (SJ), Francis Bouillon* (NAS), Bruno Gervais (NYI), Alexandre Picard (OTT), Jason Demers (SJ)
GARDIENS DE BUT : Martin Brodeur (NJ), Roberto Luongo (VAN), Marc-André Fleury (PIT), Jean-Sébastien Giguère (ANA), Martin Biron (NYI), José Théodore (WAS)

Entraîneurs : Jacques Lemaire (NJ), Alain Vigneault (VAN).

* Bouillon est né à New York, mais il a grandi dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.
*** À titre indicatif, certains très bons joueurs au nom trompeur ne sont pas des Québécois : Marc Savard (Ontario), Patrick Marleau (Saskatchewan), René Bourque (Alberta), Benoît Pouliot (Ontario), Daniel Cleary (Terre-Neuve), Claude Giroux (Ontario).
Quant à Jason Pominville, bien qu'il soit originaire de Repentigny, il a aussi la citoyenneté américaine, et je crois même qu'il représentera les USA aux Olympiques de Vancouver. Qu'à cela ne tienne. On s'amuse.

SL

dimanche 27 décembre 2009

Parler pour ne rien entendre

Je n'ai jamais aimé la messe du 24 décembre.

Quand j'étais plus jeune, c'était parce qu'elle agissait comme une espèce de tampon entre l'arrivée de la visite et la distribution des cadeaux ainsi que le moment où ma tendre mère exhibait toute la bouffe qu'elle avait amoureusement préparée dans le mois de l'Avent.

Aujourd'hui, ma mère n'est plus, les cadeaux sont déballés le 25 en après-midi. Et je continue de ne pas aimer la messe du 24 décembre.

Cette année, j'y étais avec mon père et mon frère. Et j'ai encore une fois éprouvé ce sentiment d'amour-haine avant, pendant et après la messe de Noël.

L'église Saint-Charles-Borromée, dans le Trait-Carré à Québec, est magnifique. Mais son jubé est mal conçu : au lieu d'être construit en gradins, comme dans la majorité des églises, il est plutôt plat. Résultat : depuis la huitième rangée du jubé, on voit à peine l'autel et le sanctuaire, et on éprouve une sensation d'étouffement qui n'a rien pour faire oublier le reste des désagréments.

Car le pire des désagréments, celui qui me fait à ce point ne pas aimer la messe du 24 décembre, c'est l'irrévérence. L'irrévérence des badauds qui s'attroupent dans une église parce qu'il n'y a pas de match de hockey pour les faire patienter pendant que cuit la dinde. Des ignares qui ne savent pas qu'on se tait dans une église, qu'on soit croyant ou pas. Tout le monde n'aime pas les livres, mais tout un chacun sait qu'il faut observer le silence dans une bibliothèque. Or, une église est une bibliothèque; une bibliothèque dont l'unique Livre raconte l'histoire des civilisations occidentales, mais aussi le passé et la tradition de chacun des humains qui s'y masse. L'histoire est éculée, certes, peut-être même que sa finale est prévisible (Jésus-Christ ressuscite chaque année - on a délaissé Jason Voorhees, Freddy Krueger et Michael Myers pour bien moins de retours anticipés); peut-être encore qu'elle ne comporte pas assez d'effets spéciaux ou qu'il faudrait qu'elle soit lue sur une trame sonore garnie des hits des Black Eyed Peas et de Lady Gaga. Peut-être encore que certains sont lassés de se faire raconter une histoires dans laquelle le bon gars gagne à la fin : après tout, qui n'a pas aimé la finale du Silence des agneaux qui montre ce bon vieux gastronome d'Hannibal qui se fond dans un paysage sud-américain, libre comme l'air?

Je me relis et je me trouve vieux jeu. Je crois entendre mon père, un homme de 66 ans qui tient à certains principes et, surtout, qui est parfois bien grincheux. Surtout depuis que maman est morte.

Mais mon père connaît les vertus du silence. Trop bien, sans doute. Un de mes moments préférés de la messe de Noël, s'il en est un, c'est l'attente pendant les minutes qui précèdent le début de la messe. C'est là que sont chantés les cantiques de Noël. Et il ne faut pas me faire rater mes cantiques. "Minuit chrétien" est pour moi aussi propice à la méditation que le "Hallelujah" de Cohen. Hélas, rares sont les chanteurs d'église (des chanteurs du dimanche, donc...) qui savent atteindre la note clé qui en marque l'apothéose. Mais je suis sans doute trop exigeant. Il fallait voir mon père, cette année, laisser librement ruisseler les larmes sur ses joues ridées par le chagrin de la dernière année, sur un fond de "Minuit chrétien" bien grave. Franchement émouvant pour le fils que je suis.

Pendant ce temps, les idiots qui ont pris d'assaut l'église la plus proche des dépanneurs, question de pouvoir ramasser la dernière caisse de Coors Light tout de suite après la messe, discutent de la température, du vieil oncle qui va sans doute encore se saouler. Peut-être même l'oncle en question est-il là, quelque part, son flasque emmitouflé dans le manteau , prêt à être dégainé pour concurrencer le vin de messe du curé officiant (ça s'est vu, vous savez...).

Je suis sans doute vieux jeu. Croyant aussi, même si j'ai cessé de pratiquer il y a un moment, pour des raisons trop humaines. Mais j'abhorre la messe du 24 décembre parce qu'on ne la respecte pas. C'est un paradoxe regrettable. Chaque année, c'est immanquable, je passe une heure dans une église, là où je me sens habituellement en paix, à conspuer intérieurement les parents irresponsables qui ont traîné leurs enfants là où ils sont trop jeunes pour comprendre; à les conspuer de refuser de se soustraire à ceux qui, comme moi, cherchent un espace de recueillement, tandis que leurs insupportables mioches font savoir à tue-tête qu'ils n'ont pas d'affaire dans une église. Pas aussi jeunes. (Mes parents étaient/sont très pieux, et mon frère et moi n'avons pas mis les pieds dans une église avant l'âge de 6 ou 7 ans.)

Je déteste voir les gars agir comme des gars et les filles agir comme des filles. Voir un ado de 15 ans chercher à impressionner sa cousine parce que c'est la seule fille avec qui il est capable de s'offrir du temps; je déteste voir son cousin ou son ami, trois rangs devant moi, s'esclaffer chaque fois qu'un chanteur rate une note ou que le curé parle de la paix plutôt que de la guerre. Ça ne fait pas très masculin, propager la paix; il vaudrait bien mieux vanter le mérite des soldats canadiens - surtout ici, à une vingtaine de kilomètres de Valcartier, non?

Je me désole, chaque année, de cette tradition qui se perd. Je devrais plutôt dire de cette tradition qui persiste mais pour les mauvaises raisons. On va à la messe de Noël parce que c'est ce qu'il faut; parce qu'il faut y être vu; parce que c'est l'occasion pour le cousin de faire rire la cousine là où c'est interdit. Parce que c'est l'occasion pour les nouveaux parents de montrer à leur progéniture, avec condescendance, que c'est ici, dans ce genre de bâtiment, que les gens, autrefois, venaient prier le ti-Jésus, une sorte de Wilfred qui a gagné la compétition de son époque en acceptant de se faire crucifier live (non, Mégane, ça n'a pas été filmé) au lieu de frencher deux filles à la fois dans le spa à V-Télé (non, Louis-William-Éloi-Guillaume, tu ne peux pas texter ton vote pour Jésus).

Je secoue la tête, encore cette année, en voyant les bancs se vider après la communion. Surveillez-les bien : ce sont vos oncles, vos tantes ,vos cousins et cousines qui partiront de chez vous repus avant le moment de faire la vaisselle.

Je suis grincheux. Ça me fait penser que je dois aller voir Scrooge. Parce que ça me tente. Comme ça me tentait d'aller à la messe de Noël, parce que trop souvent ces dernières années, je ne pouvais y aller et je m'en désolais.

Je me désole aussi de cette visite à l'église, le 24 décembre, qui est aussi vide de sens pour un grand nombre de gens que s'ils avaient opté pour la Fudgerie Doucinet, un musée du chocolat qui se trouve à quelques pas de l'église. Je ne suis plus praticant, mes motifs n'ont donc rien de propagandiste. Je pense comme Pierre Bourgault, qui, il y a une dizaine d'années, s'était opposé à la laïcisation des écoles, alors qu'il avait des tonnes de reproches à adresser à l'Église catholique.

La religion fait partie de l'Histoire. C'est ce dont j'aimerais que soient conscients les imbéciles qui vont étrenner leur nouveau manteau à l'église.

SL

dimanche 22 novembre 2009

Flammèche : des calories, encore des calories!

Regardez ce qui suit et écrivez-moi, si ces images vous ouvrent l'appétit... Personnellement, j'ai pris 5 livres juste à les observer.









SL (*burp*)





mercredi 18 novembre 2009

Sur la route

"Et nos poèmes encore s'en iront sur
la route des hommes, portant semence et fruit
dans la lignée des hommes d'un autre âge."
- Saint-John Perse, Vents -


Samedi dernier, le trio dont je fais partie, les Acolytes Anonymes, se produisait à Saint-Raymond, dans Portneuf. C'était notre petit trip, modeste, de stars du rock. Un trip que chaque gars rêve de vivre à un moment donné au cours de son existence.

J'ai fait partie de plusieurs bands. Dès le secondaire 3. Mon premier trip, c'était le show de fin d'année, à la polyvalente. Cinq après-midis, deux soirs. Sept fois dans la semaine, nous nous produisions devant une foule de 250 personnes. L'auditorium était toujours à guichets fermés - il faut dire que le show était gratuit et que les cours étaient suspendus pour la présentation du spectacle, mais ça, on s'en foutait. Les gens auraient été forcés de venir nous voir avec un fusil sur la tempe qu'on aurait joui quand même. L'espace d'une semaine, la vingtaine d'étudiants boutonneux que nous étions à participer à ce spectacle monté tout au long de l'année scolaire nous donnait l'impression d'être en tournée.

Samedi dernier, je me suis replongé dans ce feeling l'espace d'une dizaine d'heures. Sur la route, avec mon comparse Dédé T., guitariste et harmoniciste émérite, on jase de mon autre band, on parle de nos aspirations musicales, de mon rôle de chef d'orchestre désigné, des frustrations qui viennent avec cette responsabilité. On regarde défiler le paysage de Portneuf, on résiste à l'effet de la grisaille. L'adrénaline commence à frétiller dans le détour de l'intestin grêle. Quelque part par là. "C'est quelque part par là", qu'on se dit en observant Joss, notre guide, le Raymondois qui nous attire dans son antre.

Les tests de son de l'après-midi me font me sentir loin de la maison. La salle est intimidante. L'estrade est proche de la scène (quelle scène, en fait ? parce que ce qui sert de stage est un semblant de promontoire de plus ou moins un pouce de "hauteur").

J'ai donné des dizaines de spectacles dans ma vie. Je ne suis pas un pro, mais j'ai appris à amadouer le trac, à l'éradiquer même. Mon métier d'enseignant y est sans doute pour quelque chose. Samedi, la nervosité était à zéro. Le technicien de son y est aussi pour quelque chose : il me gratifie du meilleur son de guitare acoustique que j'aie eu depuis que les Acolytes existent et jouent "un soir à la fois".

***
Un beau moment, en fin d'après-midi. Mes comparses et moi allons casser la croûte à la Brasserie Bédard, une place de gars où on compte toutefois plus de femmes, à l'heure de notre arrivée. Le match Sénateurs/Rangers tire à sa fin. Tant mieux, je pourrai écouter attentivement ce que mes acolytes ont à dire.

Des discussions agréables, profondes, même, à trois heures du spectacle. Au lieu de traiter des enchaînements entre les pièces, je soûle mes deux amis de ma vision de la musique, de cette maudite tare qui ralentit sa progression au Québec et ailleurs. Je m'écoute parler et j'essaie de me dire que je pourrais écrire un billet là-dessus, ici. Ou un essai que j'essaierais de faire publier, tellement il y a à dire, à décrier. On parle de théâtre, d'écriture. Faut dire qu'aucune groupie ne nous fait de l'oeil. À la table voisine, trois vieilles femmes, peut-être veuves, sont le visage de la désolation. Deux d'entre elles sont assises, côte à côte, se parlent occasionnellement sans se regarder en face - c'est lorsqu'elles n'épient pas, à distance, leur consoeur qui épuise son chèque de rentière dans chacune des quatre ou cinq machines à sous qui tintent à ma droite. Le jeu maladif ne regarde pas l'âge. La vieille tête blanche mange à peine; le clignotement coloré de l'écran et l'appât du gain sont sa nourriture.

J'ai trop mangé. Voilà pourquoi il fallait souper au moins deux heures avant le spectacle. Question de rester poli au micro.

À la caisse pour payer, je remarque une dame qui nous a remarqués. On n'est pas connus, sinon que de face, peut-être même pas de profil. Mais la dame est observatrice et se souvient d'avoir vu nos trois minois sur des affiches, chez Uniprix.

***

Trente personnes. Trente braves, certains qui ont parcouru la distance depuis Québec. Ils donnent parfois l'impression d'être le double. Mon adorable C. est indispensable : elle mène les claques, rit, frappe des mains, anime presque la foule. Je l'adore. Encore et toujours.

Vingt-neuf pièces plus tard, une corde et quelques doutes en moins, nous sommes contents. J'ai des réticences : on aurait dû être mieux préparés, on aurait pu mieux enrober la musique, parler mieux, parler plus, interagir les uns avec les autres. Je suis un chiâleux émérite et un perfectionniste fini.

On a droit au traitement royal : de la bouffe et de l'alcool sur le bras de l'Espace culturel, qui nous a accueillis comme des mages, moins la myrrhe. J'espère qu'on n'a déçu personne.

On se permet d'autographier notre affiche, avant de quitter l'enceinte. Comme Ariane Moffat et Richard Séguin l'ont fait, dans un des corridors de l'endroit. Tant qu'à se prendre pour des pros... J'arrache une des affiches avant de partir - je prends soin de m'assurer que ce n'est pas celle qu'on a autographiée. J'ai déjà cette affiche à la maison - c'est moi qui l'ai conçue. Mais l'ajout de la date, maladroitement modifiée à la main, donne de la vraisemblance à tout ça.

Je rentre à une heure du matin. Vanné. Avec la voix de Mad Dog Vachon.

Ma fille s'est réveillée. Elle n'est plus endormable. Dès qu'on tente de la mettre au lit, elle hurle.

Elle a, hélas, hérité de la voix de son père.

SL


samedi 17 octobre 2009

Égoïsmes ou Quelques vers et quelques éclats de verre

"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé"
Alphonse de Lamartine, "Le lac"

Une amie s'est suicidée au cours de la dernière semaine. Jusque-là, j'avais été exempté d'être touché par cette espèce de loterie morbide (in)digne de celle que racontait Carmen Marois dans une de ses nouvelles ("La loterie", dans L'amateur d'art, éditions Préambule, 1985).

Marylène vient d'enlever au monde une belle âme. Une belle personne. Un grand talent. Une auteure-compositrice-interprète responsable, engagée, lumineuse même, aussi étrange que peut paraître l'épithète aujourd'hui. Une enseignante-guide comme il s'en fait sans doute trop peu.

J'avais publié, il y a plusieurs années, un humble texte que je n'arrive pas à retrouver, à la suite du suicide d'un jeune homme de 14 ans, originaire de mon coin de pays. La nouvelle m'avait secoué, comme la ville entière bien entendu. J'avais mis en parallèle le décès inopiné de ce jeune homme avec les prouesses de jeunes lutteurs de 16 à 25 ans que j'étais allé voir dans le sous-sol d'un centre communautaire à Limoilou. Mon titre : "Le goût de vivre", emprunté à celui d'une nouvelle de Stephen King. Grosso modo, je relevais la passion de ces jeunes athlètes insouciants qui, paradoxalement, mettaient leur vie en jeu, ni plus ni moins, chaque vendredi soir pour l'amour du spectacle qu'ils offraient. Et je supputais que le jeune suicidaire de 14 ans n'avait peut-être pas de passion qui lui eût permis de s'accrocher à la vie.

Chaque nouveau suicide éradique les conjectures qu'on avait prises pour des certitudes. Il y a un mois, une jeune fille de 7-8 ans s'est jetée du haut du pont, derrière la propriété de mon père. Heureusement, elle s'en est sortie. On pourra sans doute lui demander si, à son âge, il est possible d'avoir (déjà) une passion - et s'il est possible d'être déjà désemparée au point de refuser de vivre.

Marylène était une passionnée comme j'en connais peu. Et vlan. Une autre théorie fumeuse partie en fumée.

La mort fait de nous des vers. Des vers qu'on sectionne en deux et qui, sous l'effet de choc, s'agitent en tous sens à la recherche de la suite d'eux-mêmes. Et quand on les observe attentivement, on les voit se recroqueviller, ramener vers eux cette extrémité mise à vif, comme pour protéger ce qu'il reste de ce qu'ils ont été.

S'il recelait une part d'humanité, le ver tendrait probablement un miroir devant son embout meurtri; question de s'imaginer encore complet, question de mettre une image sur cette partie de lui-même qu'il sent encore palpiter jusque dans sa tête.

***

Le suicide de Marylène m'expose mon égoïsme. Le sien. Pourquoi laisser en friche les racines du bonheur qui avaient timidement crû dans cette terre qu'on ne jugeait plus arable? Pourquoi amputer d'elle-même tous ceux qui l'aiment - et celui qu'elle a créé du bout des doigts, de lumière et d'espoir?

Aujourd'hui, le ver que je suis cherchait un miroir. Je me suis fait prendre au piège. J'ai imité la mère de Lance, le suicidaire de Gazole, ce petit roman sombre de Bertrand Gervais que j'enseigne - manifestement pas assez. J'ai voulu mettre de l'ordre dans ma demeure à défaut de pouvoir en mettre dans ma poitrine. Je me suis laissé happer par le quotidien, par l'ampleur de l'inutile. J'ai tendu mon miroir à mon adorable C., ne voyant pas qu'il s'agissait d'un mur me coupant de sa douleur. Parce que tous les vers ne reviennent pas à la même vitesse vers la lumière. Certains se dépêchent de revenir y chercher l'autre partie de soi qui est disparue; d'autres sont incapables de tolérer le soleil qu'on leur inflige et risquent de sécher à mort si on leur impose trop vite le retour de la lumière.

***

Je me suis cru fort. Je me suis regardé aller, après le décès tout aussi inattendu et frustrant de ma mère, il y a presque 9 mois. Je me suis vu aimer encore plus les miens; façonner du mieux que je le peux un autre humain; écrire à un rythme que je ne me connaissais pas; faire encore plus de musique pour renoncer au silence.

Je me suis cru fort. J'ai mis mon miroir en place pour bien m'y voir la face et pour ne jamais perdre de vue ce qui filait, derrière moi, dans le rétroviseur. J'ai cru que rien de bien menaçant pouvait se terrer au-delà de ce miroir. J'ai cru que j'avais évité la dérive de mon père et les démons de mon frère.

En clair, j'ai vu mon père pleurer sa femme; je l'ai vu, il y a encore deux semaines, furieux d'avoir à se reconstruire une existence. J'ai vu mon frère dans tout ce qu'il regorge de courage, l'ai vu combattre les images d'une mère agonisante, l'ai vu tenter de séduire le sommeil chaque soir, angoissé à l'idée d'être visité par le faciès souffrant de ma mère et le deuil d'avoir perdu sa meilleure amie, son modèle. Je me suis vu continuer, m'étonnant discrètement d'avoir traversé la brousse sans retenir trop de chardons.

La mort de Marylène me pète le miroir en pleine face. Me fait voir en kaléidoscope ce qu'il reste de moi. Me montre que, si j'ai planté ce miroir devant ma face, c'était pour ne pas voir plus horrible encore que ce qui s'éloignait derrière moi.

Depuis ma mère, je combats la peur terrible de perdre mon adorable C. Parce que je vois depuis 9 mois mon père essayer de s'engendrer lui-même à nouveau; je le vois désamarré, évitant chaque jour un peu moins le naufrage.

Je me vois paniquer chaque fois que mon adorable C. a mal au ventre. Chaque fois qu'elle a mal à la tête. Chaque fois qu'elle se sent fatiguée.

Je me suis cru fort. Je n'ai pas senti grouiller en moi les effets de la disparition de ma mère.

Depuis Marylène, je pense à Étienne, le pire d'entre tous. Un gars que je ne connais que de vue, pas même de voix. Une version plus jeune de mon père, une version à laquelle je refuse de croire. Un calque que je veux garder loin de moi. Parce que je ne me veux pas dans sa peine, dans son désarroi. Son fils d'un an s'en remettra; lui n'a pas eu le temps de voir ce dont était capable la femme qui a cessé de choisir la vie la semaine dernière.

Parce que ce qu'il y a de pire après la mort, c'est qu'il reste des vivants.

Mon miroir éclaté m'ouvre le ventre en kaléidoscope, me révèle ma plus terrible peur, dévie la lumière vers ma force défigurée. C'est mon angoisse de perdre qui hurle en filigrane quand je crie ma hâte que revienne le soleil. Sache-le, mon adorable C.

J'ai cru être prêt pour la lumière; sans m'en rendre compte, je suis un ver qui tâte encore sa douleur à la recherche de cette partie dont on l'a dépossédé. Je me regarde les pieds et les mains, je regarde le quotidien, pour me convaincre que rien n'a changé, que tout est encore en place. Je respire l'arôme de la mort qu'a laissé sur moi une Marylène que je ne connaissais pas assez, parce que mes sens ne sont plus d'aucun secours pour tenter de la saisir, elle.

Je pense à Étienne derrière Marylène. Je pense à Étienne après Marylène. Parce que je sais qu'à sa place je serais vide.

SL